Taro, Capa et les Alt-J

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C’est l’histoire de deux étoiles, Gerda Taro et Robert Capa. Deux voyageur.euse.s qui ont parcouru les années et les lieux à la recherche d’une nouvelle vie, une nouvelle identité… la liberté en fin de compte.

C’est l’histoire de deux reporters-photographes aux clichés mélangés et aux sentiments entremêlés.
C’est l’histoire d’une absence et d’une imposture aussi que racontent les paroles de Taro, cette très belle chanson des Alt-J, mais pour en savoir plus il vaut faudra écouter…

Pour cet épisode 1AM accueille deux invité.e.s très spéciaux :
Amandine, podcasteuse de La Librairie Yokai, elle avait déjà fait un travail incroyable sur l’épisode consacré à Tori Amos. Et pour lui donner la réplique le non moins incroyable Quentin de la chaîne-frisson Alt 236


Twitter Alt236 : https://twitter.com/whatisalt236

Twitter Amandine : https://twitter.com/KouignAmandine

Twitter La Librairie Yokai : https://twitter.com/LibrairieYokai

Twitter 1AM : https://twitter.com/Tropikal_Masala

MUSIQUES UTILISEES :

Hunger of the pineAlt-J

A sort of RevolutionFink

Looking too closelyFink

TaroAlt-J

ALLER PLUS LOIN

Gerda Taro de son vrai nom Gerta Pohorylle est née à Stuttgart en 1910, ce détail est important car vous l’avez peut-être remarqué, sa pierre tombale indique 1911. Une erreur sans doute due au fait que ses amis français ne l’ont connue que quelques années avant sa tragique disparition.

Gerta est d’une famille juive polonaise, immigrée en Allemagne avant les deux grandes guerres. Le commerce de ses parents s’il est florissant à leur installation va en déclinant.

C’est à Leipzig que sa mère émet le souhait de partir, Hitler mène une campagne très agressive contre les juifs allemands, mais c’est Gerta qui part la première.

Son parcours n’est pas clair, mais pour les besoins du récit, j’ai gardé la France comme point de chute, même s’il est probable qu’elle soit passée par d’autres pays avant.

Gerta n’a pas quitté sa famille volontairement, elle a été prise en train de distribuer des tracks anti-nazis du RGO ( Revolutionäre Gewerkschafs Opposition) ce qui était interdit déjà avant la nomination de Hitler comme chancelier.

C’est son passeport polonais qui la sauve de la prison. Mais elle est bannie du pays.

Endre Friedmann (le vrai nom de Robert Capa) est d’une famille juive hongroise non pratiquante.

Son père tient une boutique-atelier de couture qui a un certain succès.

Ses affinités avec le communisme l’obligent aussi à quitter le pays, il arrive à Berlin pour étudier, mais les poches vides, sa famille ne peut plus subvenir à ses besoins. Il trouve du travail à Dephot, agence renommée et couvre la vie quotidienne des Berlinois jusqu’à ce qu’on lui offre le 1er reportage important : la conférence de Trotsky à Copenhague en 1932.

Les choses vont mal en Allemagne et il part sur les conseils de Simon Guttmann, son patron. D’abord l’Autriche puis la France.

Il se lie d’amitié avec Henri Cartier-Bresson et profite de la vie parisienne. C’est par son entremise qu’il rencontre Gerta.

Une passion amoureuse naît entre les deux apatrides. Et c’est Gerta qui a l’idée de récréer une nouvelle identité à chacun.

Les théories sur l’origine du nom de Capa sont multiples. J’ai choisi la plus plausible, mais aussi la plus romantique à mon goût.

(L’autre théorie dit qu’il s’agit de son nom de jeune “voyou” – le requin en Hongrois. Le fait est que ça se prononce “sapa” et non “kapa”)

Robert Capa, l’Américain à Paris, va connaître un succès rapide. Il est beau et talentueux et son accent charme les gens qui le rencontrent.

Capa et Taro s’aiment, se séparent, se retrouvent. Elle veut rester libre, mais souffre aussi du fait que certains clichés signés à deux se retrouvent attribués à Capa.

On présuppose d’ailleurs que nombre de clichés de Capa sont ceux de Taro.

C’est la fameuse affaire de la valise mexicaine (2011).

Je ne vais refaire un wikipédia cheap ici mais plutôt vous parler de la construction de l’épisode.

Le choix des voix :

J’avais déjà sollicité Amandine pour l’épisode sur Tori Amos. Je connaissais sa voix grâce à la Librairie Yokai, je savais qu’elle serait parfaite dans le rôle. Sur les 4 temps de son histoire (naissance et jeune adulte, la rencontre, l’histoire d’amour et la fin tragique) elle porterait le texte. Elle l’a d’ailleurs réajusté pour qu’il fonctionne mieux, elle mérite à ce titre un crédit pour l’écriture.

Pour la voix de Capa, je rêvais que ce soit Quentin qui donne la réplique à Amandine. Alt 236 comme on le surnomme souvent, vous le connaissez. Et cette voix aussi évidemment ! Elle a cette particularité d’être grave, mais vivante, vous sentez toutes les nuances qui parcourent les basses fréquences. Autant vous dire que ça a été génial. Je l’ai contacté et proposé le projet avec le script. Il m’a dit oui, et quelques jours après, j’avais l’enregistrement. Je n’ai eu qu’à faire les placements.

Les échanges :

Taro et Capa ont tou.te.s les deux eu des vies brillantes et courtes. Il y a beaucoup de similarités dans leurs parcours et je ne pouvais pas construire le texte sans mettre ça en valeur. C’est comme ça que l’idée de mélanger leurs récits est venue, ainsi que de les faire parler à l’unisson parfois.

Les musiques et le reste :

Je voulais que l’ouverture se fasse sur une naissance et la promesse d’un avenir radieux (comme le dit Amandine). Je voulais appuyer combien la vie était encore souriante avant la 1ère Guerre. Mais il fallait aussi poser le rapport avec Alt J.

J’ai donc par choix esthétique, mais aussi parce que le morceau s’y prêtait très bien, pris Hunger of the Pine. Le motif répétitif d’entrée était parfait, il est doux mais il peut faire penser à un battement, les quelques notes jouées au Rhodes donnent une première poussée avec la voix et, bien sûr, toute cette levée orchestrale en arrière plan pose le caractère épique des personnages.

J’avais deux versions que j’ai présentées à Amandine, la première avec le morceau non-retouché, la deuxième surnommée “over the top” (celle qui a été gardée). Il fallait quand Quentin termine sa phrase qu’on entende le souffle du chanteur puis l’explosion. Pour arriver à ce résultat j’ai légèrement recollé le morceau…

Ma voix sert à présenter mes deux comédien.ne.s mais aussi à faire le break avant la nouvelle séquence. J’ai donc éteint la musique en cours et laissé un silence derrière ma voix.

C’est le bruit de la valise qui se ferme qui clôture la 1ère partie mais qui ouvre aussi.

Fink !!! J’en suis autant fan que les Alt J. Je ne pouvais pas rater l’occasion de le placer (j’avoue que je ne savais pas que j’allais mettre deux de ses morceaux à la suite).

Il me fallait un morceau doux avec une voix très légère. Quelque chose de cinématique mais qui puisse commenter ce qui se passait dans les séquences. On est à Paris, la ville est vivante, on circule beaucoup dans les rues, mais il y a une sorte d’allégresse qui porte les pas de Capa. Il fallait aussi souligner tout son parcours, et montrer avec quelle aisance il naviguait entre les badauds.

We’ve come so far, it feels so real.
All this time, that we’ve waited for it.
And who we are, and where we’re going to.

Voilà, c’est leur histoire. Leur long chemin, qui ils sont et où vont-ils ?

Je n’ai pas utilisé d’autre musique pour amener la scène de l’amour. Il y a en fait dans le fond, le carillon d’une porte qui annonce la fin de la scène du café. Mais je ne voulais pas de disruption forte entre leur première rencontre et ce moment intime.

“Est-ce que tu m’aimes ?

Autant qu’toi ?

Ça fait beaucoup alors !

C’est là qu’on sait qu’on travaille avec deux personnes talentueuses et surtout investies. Dans ces trois répliques, je voulais qu’on ressente tout l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre mais qu’on ressente que chacun avait une vraie présence. C’est une sorte de duel complice.

J’ai profité du refrain “sort of revolution” pour ouvrir sur la séquence Guerre d’Espagne. Mais il y a un recollage pour ne pas perdre le rythme.

Pour en revenir à la guerre civile espagnole, c’est là-bas que Gerda Taro a pris cette très belle photo qu’on croirait sortie d’un film d’espionnage (à mon avis c’est même cette image qui a été repompée) où l’on voit une belle jeune femme tirer au pistolet pendant un entraînement.

C’est là-bas aussi que Capa prendra sa photo la plus célèbre sans doute du soldat tué au combat.

Pour mieux détailler ce passage, il fallait que le bruit des chars couvre la musique totalement. J’ai longtemps hésité à ajouter en fond un effet sonore de course poursuite pour souligner le fait que Gerda est en voiture, mais je me suis dit que je perdrais en intensité. Encore une fois c’est vous qui imaginez la scène. Mais le crash vous ramène à la réalité.

Pour la séquence de l’enterrement il me fallait un morceau qui souligne l’état d’âme de Capa. Et Fink est le meilleur pour ça.

Looking too closely est un morceau sur le pardon de soi. Ne regarde pas de trop près qui tu es…

This is a song about somebody else
So don’t worry yourself, worry yourself
The devil’s right there right there in the details
And you don’t wanna hurt yourself, hurt yourself
Looking too closely
Looking too closely
Oh, no, no, no!Put your arms around somebody else
Don’t punish yourself, punish yourself
Truth is like blood underneath your fingernails
And you don’t wanna hurt yourself, hurt yourself
Looking too closely
Looking too closely

Ce qui nous amène à une scène d’introspection entre Apocalypse Now et La Ligne Rouge.

Capa seul dans la jungle, je voulais juste les bruits ambiants. Je me suis posé la question de mettre un son de clic lorsqu’il dit “déclic”, mais au final, j’ai préféré garder la voix intacte avec tout ce qu’elle fait imaginer. C’était plus fort.

C’est pour ça qu’il n’y a pas d’explosion non plus. Ça aurait gâché l’ouverture du morceau des Alt J.

Il est en plus magnifiquement composé, ses quelques notes jouées en intro pourraient faire office de conclusion ! Ils sont bons les Alt J rien à redire !

Voilà, je ne sais pas si ça vous a intéressé, mais je tenais à en parler par écrit à défaut d’en faire un podcast 😉

#1am #AltJ #Taro #librairieyokai #Alt236

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